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La venue
Ils viendront me chercher. Un jour. Maintenant, je n’ai plus de doute. J’ai longtemps cru que pour vivre ensemble, il suffisait de vivre, quoi. Tranquillement, sans emmerder personne. De faire comme les autres. De mettre ses pas dans les leurs. De rendre plus de services que l’on nous en demande. De se rendre un tout petit peu indispensable. Mais ça ne leur suffit pas. Ils n’aiment pas ce que je suis. Et je comprends que si je changeais tout ce qu’ils peuvent me reprocher, même ce qui ne se change pas, ça ne leur suffirait pas. Ils trouveraient aisément autre chose. Alors voilà, ils ne m’aiment pas. Je ne suis pas le seul. Il y en a eu beaucoup avant moi. Ca s’est toujours fini de la même façon. Un jour l’un d’entre eux, plus énervé, plus éméché, plus aigri que les autres devient plus véhément. Ils lèvent leur désoeuvrement de leur siège usé. Et ils viennent vous chercher. Avant, je me disais, qu’ils y viennent. Tu as vu comment je suis bâti, je ne suis pas un gringalet. Je me disais que je mettrais quelques giffles, que je casserais quelques gueules, quelques têtes, et que ça suffirait à disperser les autres. Mais ce serait trop simple. Une foule. On ne résiste pas à une foule. Elle vous prend, elle vous met en pièces. Une foule imbécile. Pas même un cerveau pour cent. Des poings, des pierres, des injures, de la bave. Et après plus rien. Personne n’aura rien vu. Je le sais, maintenant. J’en ai vu tant d’autres comme moi. Ils viendront, tôt ou tard. Je ne les attends pas, mais je me tiens prêt. Tout le temps.
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C'était tout con
Soudain, une idée stupide me vint. Manger. C’était bizarre, parce cette idée-là, je l’avais déjà eue, et alors, cette idée ne m’avait pas du tout paru idiote. Mais là, il fallait me rendre à l’évidence. Puisque j’avais épuisé toutes mes idées intelligentes, celle-ci était forcément stupide. je découvrais soudain qu’une idée n’était pas automatiquement idiote per se, mais que son idiotie était une conséquence du contexte dans lequel elle surgissait, et de son adéquation à la situation. Cette découverte me donnait une piste pour la production de nouvelles idées idiotes, et du coup, je me sentais beaucoup plus confortable. j’avais enfin trouvé un repère.
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Comment c'est arrivé
Et c’est ainsi, qu’à force de parler sans répit, il arriva un jour que je me trouvai à court de chose intelligente à dire. Et comme une biologie exigeante m’imposait de ne pas cesser de parler, je m’aperçus avec une certaine inquiétude que j’étais contraint de parler de choses sottes. Très bien. Pas de problème. Nécessité fait loi. Disons des sottises. C’était nouveau pour moi, et je ne savais pas trop comment m’y prendre. Je constatai avec étonnement que la sottise me demandait au moins autant d’efforts et de concentration que les choses intelligentes. J’en étais stupéfait, et j’en conçu un tout nouveau respect pour toutes les méduses pleines d’eau que je voyais quotidiennement produire sans effort des sottises. Allons, me disais-je, tu es aussi bête qu’un autre, il te suffit de ne pas penser, c’est essentiellement une question de volonté. Mais la volonté me fuyait, je me sentais diminué. Inférieur. Minable. Je ne pouvais pas le croire. Je regardais avec rancoeur et jalousie passer des connes sans cervelle, que je couvrais autrefois d”un sourire condescendant. Mais, bon sang, des conneries, j’en sais. J’en fais. J’en ai fait autrefois. Tout le monde en fait. Ca va forcément me revenir. Mais ça ve venait pas. J’allumais la télé. Il y avait des conneries sur toutes les chaînes. C’était facile. Pour commencer, je n’avais qu’à me souvenir de ce qu’ils étaient en train de dire. Mais rien. Le noir. J’étais bloqué. Plus j’essayais, plus j’étais désespéré, plus l’angoisse montait, et plus les réflexions logiques se présentaient. Commentaires
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Comment j'aifailli acheter une Nespresso
Avec mes collègues, nous envisageons de passer au Nespresso. Bon, ok. Aussi, ce samedi, je me décidai à aller faire un tour à Paris, direction Opéra Garnier, RER A station Auber. Avec le train, j'en avais en tout pour une petite heure de trajet. Là, en face de l'opéra, rue Scribe, il y a la boutique Nespresso. Comme j'ai travaillé à côté pendant plus de deux ans, je sais exactement où elle est, mais quand je passais là à l'époque, elle était en travaux, et je n'y étais jamais entré. Pendant toute cette période, le grand bout de bâtiment (dans un des endroits les plus chers de Paris) était recouvert par un immense drap noir, comme un catafalque, avec un portrait de George Clooney de dix mètres de haut. Ce portrait faisait face à Zinedine Zidane, de la même taille, qui recouvrait l'immeuble de Generali Assurances, à l'angle de la rue des Mathurins, et qui avait lui-même précipitamment remplacé Yann Eliès après le piteux abandon de celui-ci au cours du Vendée-Globe. Mais bon, c'est une autre histoire. Donc, j'entrai, et je prends mon air de client le plus avenant. Il y avait à l'entrée deux pingouins, en costume de pingouins, je veux dire, un mâle et une femelle, qui avaient pour rôle apparent de répondre bonjour aux client qui leur disaient bonjour. Comme ils ne se décidaient pas à en faire davantage, malgré mon air qui signifie "je suis venu dépenser toute une vie d'économies en machines à café", je pris mon courage à deux mains, et je leur posai une QROC (question à réponse ouverte et courte) de forme non-interrogative, toutefois: Au fond, donc, il y avait effectivement plusieurs pupitres, dont un seul était occupé, et des vitrines avec des machines dedans. La vendeuse du pupitre était affairée avec deux clients. Bon. Un peu de patience, j'ai tout mon temps. J'avais tout loisir d'observer l'immense boutique, en rotonde, avec de nombreuses vitrines (toutes identiques, car la gamme ne comporte qu'une dizaine de machines) et des écrans géants qui passaient la publicité de Georges Clooney en boucle ininterrompue jusqu'au dégoût. J'admirais aussi l'abondance de personnel, pour la plupart en costumes noirs identiques, qui semblaient discuter entre eux sans se préoccuper des clients, et même une jeune fille en blouse, qui vaporisait un produit désinfectant sur les rampes et les poignées. Tout cela était pleinement feutré et rassurant. Enfin, au bout d'une dizaine de minutes, la transaction semblait se conclure avec la vendeuse. Elle remit aux clients l'objet de leur emplette, et les invita à passer à l'étage inférieur, afin d'acheter leur café. La vendeuse s'empara de quelques sacs à côté de son pupitre et sembla se disposer à les suivre. Quatorze minutes plus tard, lassé de me distraire à regarder la publicité de George Clooney, je sortis et je rentrai chez moi. |
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La vague
Moi, j'ai rencontré quintescent en 2004, pendant le tsunami. Certains attendaient depuis des années. Les plus jeunes étaient des gamins danois, arrivés la veille, attirés par la réputation du spot. Les pétards tournaient, les filles tournaient, et on était parfois pas très prudents, avec les putains de lois islamiques du pays, qui avaient vite fait de vous envoyer au trou pour vingt ans pour détournement de mineur ou pour trafic de drogue. Mais ça allait toujours: tant qu'on avait un ou deux billets à leur filer, les flics fermaient les yeux. Un bon business pour eux. Au bout de quelques jours, on s'apercevait qu'en fait de vague, la mer était plutôt plate, par ici. Il y avait quelques moutons, et une barre assez marquée, à 300 m du rivage, mais à part ça, pas grand chose. Et puis un jour, quelqu'un a annoncé le passage de quintescent. Et ce corps, justement, ça disait quelque chose aux filles ! Il est arrivé un soir, autour du feu de camp. Il ne pouvait pas rester. Et puis la vague est venue. |
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La grenouille qui voulait vivre
C'était une grenouille qui voulait vivre. Vous ne m'avez pas encore dit quels étaient vos goûts, en matière de grenouille, mais vous auriez adoré celle-ci. Une belle grenouille rousse, mouchetée de brun, avec un ventre jaune pâle. Des petites pattes délicates, et des cuisses. Elle aimait le soleil, qui jouait entre les branches, qu'elle regardait depuis un couvert de feuilles rousses. Elle aimait la pluie, qui tapottait sur le sous-bois, et répandait une agréable fraîcheur. L'hiver, elle hibernait, sous un tas de feuilles. Au printemps, réveillée par la tiédeur, elle émergeait, éblouie par le soleil, grignottait une mouche ou un ver, et se mettait en voyage, répondant à un appel. Elle traversait la route, et finissait par arriver au bord d'une mare. Alors, elle repassait la route, et retournait au frais, dans son creux de feuilles. Une fois, elle aperçut deux gros yeux blanc-bleu fascinants qui la regardaient au loin, sur la route. Et elle regardait les gros yeux. Et les gros yeux blanc-bleu se rapprochaient en faisant un ronronnement sympathique. Alors, pour engager la conversation, la grenouille dit "Quoi ? Et la grenouille répéta: Quoi ? Et la grenouille répéta: Quoi ? Et la grenouille répéta: Quoi ?" |
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La mouche qui voulait vivre
C'était une mouche qui voulait vivre. Je ne sais pas quel est votre genre, en matière de mouche, mais tous ceux qui l'avaient rencontrée la trouvaient adorable. Une belle mouche bleue. Ou verte, ça dépendait de l'angle sous lequel vous la regardiez. Avec des grandes soies noires sur le thorax. Et pas un gramme de cellulite. Elle voulait juste vivre tout une vie de mouche toute simple. Voler au soleil, profiter de la vie. Voir des fleurs, respirer. Faire des rencontres. Taquiner des vaches et des chevaux. Mais ce qu'elle adorait par dessus tout, c'était faire des gueuletons avec des copines. Trouver une belle bouse odorante, que personne n'avait encore découverte. Une bouse bien fraîche, qui commençait juste à sécher au soleil, avec une croûte fine et craquante, et un coeur bien juteux et goûteux. Elle pompait un peu de salive par sa trompe, pour ramollir la croûte, et elle aspirait le nectar qui les plongeait toutes dans l'extase. De plus, ces orgies insensées leur donnait des idées. Il n'était pas rare qu'elle se retrouve avec un (ou plusieurs) à mâles sur le dos au milieu de sa dégustation. Mais elle ne se laissait pas distraire pour autant. C'était trop bon. Et puis elle sentait son ventre se gonfler d'oeufs. Elle était plus lourde, et en même temps plus excitée. Survoltée. Elle cherchait quelque chose, sans savoir précisément de quoi il s'agissait. Un endroit où elle pourrait trouver une délivrance. Elle faisait un bruit monstrueux en volant. Elle était le tonnerre. Puis un jour, elle s'est posée, pile devant le nez d'une grenouille. Et la grenouille la regardait. Et elle regardait la grenouille. Et la grenouille la regardait. Et elle regardait la grenouille. Et puis plus rien. |
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